«Le président», le film qui tourmente le Cameroun

Il n’est pas encore sorti dans les salles du pays – si salles il y en a bien sûr – mais il fait déjà trembler la république. Le film dérange, agace, tourmente et interpelle. Personne n’ose en parler à découvert. Le critiquer ? Il faut être un directeur de publication courageux comme Haman Mana pour oser le faire. Il faut surtout avoir le courage de parler du nouveau long-métrage Jean-Pierre Bekolo.

« Le président ». On en parle tellement que je ne pouvais pas ne pas vous raconter l’histoire. Au fond, c’est une histoire que l’on raconte souvent entre amis. Dans les bars, on en parle sans se protéger. Seulement, Jean-Pierre Bekolo a décidé de promener sa caméra sur cette réalité.

Résumé : Un président, après des décennies au pouvoir, dans un pays qui vit jusqu’ici « tranquillement », quitte le palais présidentiel, avec un chauffeur et un garde du corps, fatigué. « Le président » voyage vers un lieu inconnu. Sans aviser ses proches. Le pays entre en ébullition. « Où est passé le président ? », s’interrogent les télévisions, radios, collaborateurs et habitants sans trouver la réponse. Certains essaient d’expliquer la constitution, sans succès. Pourtant, le président se trouve dans un village. Il joue au golf et vit « simplement ». Il rencontre son épouse décédée, dans un lieu paradisiaque. Elle lui fait redécouvrir ses erreurs. Et surtout l’agitation qui se déroule autour de son départ. Après 42 ans au pouvoir « le président » s’en va. Et c’est une jeune femme, qui prend les rênes du pays. Et elle refuse tout « partage de gâteau ». Le pays sera dorénavant dirigé équitablement, semble-t-elle dire.

Pour livrer ce message, Jean-Pierre Bekolo a choisi un casting d’enfer. Gérard Essomba, le doyen des acteurs camerounais, joue le rôle du président. Valsero, le rappeur aux mots durs, joue celui du critique acerbe du pouvoir. Et comme si ces icônes ne suffisaient pas, le film semble voué à une censure.

« Je n’ai pas fait un film pour qu’il dérange, le plus important était d’ouvrir, de traiter de l’état mental de la société », justifie le réalisateur.

Pourtant, de l’avis de plusieurs journaux, le ministre de la culture a reçu une demande d’explication de la présidence de la République.

Finalement, c’est quoi un film? Une réalité ? Une fiction ? Ou alors une réalité peinte en fiction ? J’ai vu la série américaine 24 heures chrono. J’ai vu comment un film pouvait être une réalité. Le destin d’un président noir s’est concrétisé en réalité, avec l’élection de Barack Obama. Malheureusement, au Cameroun, c’est une autre histoire qui s’impose. La fiction est donc réalité ?

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josianekouagheu
Cet espace est une tribune pour moi; de montrer ce qui se passe dans mon pays, ma ville et mon quartier. A bord de mon blog, je parle de ce qui me tient à cœur, de ce qui ne va pas dans mon pays et surtout de ce qu'il faut faire....

17 Des réflexions sur “«Le président», le film qui tourmente le Cameroun

  1. Il nous fallait aussi une blogueuse de ta trempe pour nous parler de ce film. Merci pour le partage Josiane. Je ne suis pas un cinéphile, mais ton billet est une invitation à regarder ce long-métrage qui, semble-t-il, n’est ni réel ni fictif. Qui sait, qui sera, verra.

    • Tu parles Serge. Lorsque j’étais au secondaire, on nous expliquait lors des séances de lecture que l’art imitait comme tu dis la réalité. Malheureusement, il y a comme une volonté d’éteindre la réalité…

  2. Censuré ou pas, copie originale ou piratée, Josiane, fais moi parvenir ce film. Apparemment, le cinéma camerounais renaît. Vers un Yaoundéhood?
    De toutes façons, Président n’est pas éternel. Au lieu de regarder le film et cogiter dessus, il veut muscler.
    Qui vivra verra.
    Aphtal

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