Sos : écoutez le cri des enfants d’Afrique

J’ouvre ce billet avec la chanson «Heal the World» de Michael Jackson en toile de fond. Les paroles résonnent dans mes oreilles et des rêves me viennent à la tête. Des rêves ! Dieu qu’ils me montrent un monde sans violences, sans menaces, pour toi, pour moi et surtout pour toute l’humanité. Où il n’y aura plus ce regard. Ces yeux innocents inondés de souffrance qui me hantent depuis des années. Qu’ils m’appellent, me supplient, m’horrifient.

Enfants d'Afrique. Crédit photo: "casafree.com"

Enfants d’Afrique. Crédit photo : « casafree.com »

Hélas! Ce matin encore, dans la même rue, au même endroit, ce regard était là. Et comme des pages d’un livre ouvert, j’ai tout lu. Ces enfants abandonnés à eux-mêmes. La rue n’a plus de secret pour eux ! Au Cameroun, ils sont jetés en prison au gré de l’humeur des « grands ». Quand le président ou une personnalité arrive, ils sont balayés ! Certains sont vendus, kidnappés !

Et je reviens à moi. Comme dans un sursaut après un mauvais rêve ! Des chansons passent en boucle. Je m’interroge : est-ce seulement au Cameroun ?

Au Togo, les enfants ont perdu leurs sourires innocents

Oh non ! La souffrance transparaît dans les paroles d’Aphtal Cissé. Dans son Togo natal, les enfants manquent de tout, même de l’affection parentale, des fois! A l’école, c’est instable car ces petits bouts de choux sont souvent mis à la porte pour scolarité non payée. Ils finissent par en avoir marre, à en avoir honte, et décident tout bonnement de rester à la maison. Et comme si cela ne suffisait pas, pour ceux qui arrivent à poursuivre, l’insuffisance des moyens limitent énormément leurs rendements. Ils sont soit éduqués au rabais, ou finissent par raccrocher tout simplement. Commencent alors les déboires, la volonté de faire de petits jobs pour aider la famille, ou au moins pour se prendre soi-même en charge. Ils ont alors entre 9 et 14 ans, et sont déjà déscolarisés, et confrontés aux dures réalités de la vie. Précarité, vices, mauvaises habitudes sont le lot de nombreux d’entre eux. A peine sortis de l’enfance, ils enchaînent de petits jobs, pour ceux qui sont dociles, ou essayent de se débrouiller, ceux qui veulent jouer au dur.

A Cotonou, les petits «Vidomegon» se lèvent à l’aube

Les paroles de Michael Jackson m’inondent. Comment rendre le monde meilleur quand Sinatou Saka, depuis le Bénin, me plonge dans une misère. A Cotonou, Sinat me dit qu’elle rencontre chaque matin au marché de Dantokpa, le plus grand marché du Bénin, des «Vidomegon». Agés entre 7 et 13 ans, très nombreux  ces enfants arpentent très tôt le matin les étalages, soit pour demander quelques pièces pour survivre aux vendeuses matinales, soit pour ouvrir les magasins de leurs maîtresses. Eh oui le travail des enfants, parlons en dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest. A un jet de pierre du Togo et de la Côte d’Ivoire voisine.

Ces «Vidomegon» sont remis par leurs parents ou par des intermédiaires à des familles riches des grandes villes. Chez ces derniers, ils subissent pour la plupart des sévices corporels et sont traités à la limite comme des esclaves. On leur confie les tâches les plus pénibles,  les oblige à se réveiller très tôt et à se coucher très tard. Comme on peut bien l’imaginer, ils n’ont pas droit comme les enfants de leur famille d’accueil à être scolarisés ni aux soins de santé.

Au Ghana, Les petits « boys » ont la vie dure

Carlos Amevor vit au Ghana. En quittant son Togo, il pensait vivre une autre réalité de la vie des enfants. Hélas! Les petits « boys » vont à la pêche, à la chasse avec papa. Pas de possibilité d’aller à l’école ! Ceux confiés à des tiers, sont maltraités au quotidien. Dans des rues, la galère est la même ! La souffrance, lisible sur leurs visages !

 En Côte d’Ivoire, les enfants esclaves dans les champs de cacao

En Côte d’Ivoire, la mendicité est devenue « normale » chez les enfants. Fofana Baba Idriss m’a promenée à travers ses paroles dans ces rues sombres d’Abidjan. Entre la traite des enfants dans les plantations de cacao et la traite transfrontalière des enfants, les sourires édentés disparaissent comme un vol d’oiseau. Les parents pauvres, prêtent leurs enfants dans les champs de cacao. Et certains tombent dans les bras des trafiquants d’enfants. Triste réalité comme m’a lancé FBI.

 Enfants soldats en RCA

Et en République centrafricaine (RCA) voisine, des coups de canon résonnent. Eh oui ! Mais en plus, les regards d’enfants perdent leur innocence au milieu des décombres. Baba Mahamat a observé Eric, ce petit garçon âgé de 8 ans. Habillé en culotte de couleur noire, sans chemise, triste déboussolé, il était à la maison. Comme la plupart des enfants de son âge, Eric représente un cas d’enfants ignorés par le système scolaire. Ses parents n’ont pas assez d’argent pour l’inscrire à l’école. Ils sont ignorés par manque de volonté politique (la guerre y fait rage) et à cause de la pauvreté. Plus de 50 % des enfants en âge de fréquenter ne sont pas scolarisés. Depuis décembre 2012, plus de 500 000 enfants ne vont pas à l’école à cause des événements liés au coup d’Etat du 24 mars. Les établissements sont encore déserts en raison  de l’insécurité grandissante, des cas de déplacements… La situation actuelle en Centrafrique a pour conséquence une grave crise humanitaire et alimentaire qui affecte notamment de nombreux enfants. Certains enfants ont été enrôlés dans les troupes.

 J’ai voulu rire à la fin de ce billet collectif, mais je n’ai pas pu. Pour me redonner espoir, Fofana propose une lutte contre la pauvreté. Pour Baba, la scolarité doit être gratuite. Une nouvelle politique d’éducation doit être pensée. Pour Sinatou, un enfant qu’on éduque est un homme qui gagne.

Chers présidents d’Afrique, Unicef, Unesco, Onu…Ecoutez le cri des enfants d’Afrique.

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josianekouagheu
Cet espace est une tribune pour moi; de montrer ce qui se passe dans mon pays, ma ville et mon quartier. A bord de mon blog, je parle de ce qui me tient à cœur, de ce qui ne va pas dans mon pays et surtout de ce qu'il faut faire....

18 Des réflexions sur “Sos : écoutez le cri des enfants d’Afrique

  1. Quelle inspiration, quelle déontologie, quelle idée géniale, quelle intélligence, quelle analyse, quelle…Tu es parfaite!Oui, tu es celle que Dieu a donné pour défendre ces damnés d’enfants, qui perduent au milieu de nul part ne savent à quel saint se vouer. Vivement que ce cri, une contribution de talents de Mondoblog puisse être écouter. Merci Josi(Pour moi), tu es la meilleure!

  2. C’est triste comme réalité. Ici, dans certaines rues en République Dominicaine, le constat n’est pas différent. On retrouve ces enfants livres à eux-mêmes. Ils affrontent la réalité du ghetto. Ils mènent leurs vies comme bon leur semble. Qu’il soit en Afrique ou ailleurs, je pense qu’il est temps que de bonnes politiques soient mises en valeur au profit de ces « hommes de demain ».

  3. Quid des enfants sénégalais? la situation est catastrophique ici. Sous couvert de la Réligion les « talibés » sont exploités de 6h à 21h pour remplir les poches d’un pseudo marabout. Ceux qui choisissent de fuir ou de « fuguer » sont appelés « Fakhmans ». Ils sont seuls au monde et vivent dans la rue et de la rue.
    La situation n’inquiète guère les autorités. #revolt#

    • C’est ce qui me rends triste et si triste même! J’ai parfois l’impression (c’est un rêve) que demain sera meilleur pour ces avenirs d’Afrique. Malheureusement, rien ne va! J’ai si peur tu sais! Merci d’avoir partager avec nous cette expérience sénégalaise, si injuste!

  4. Josiane, tu sais j’aurai aimé participé à cette réflexion sur la condition des enfants. Mais déjà avec ce billet je vois que les conditions des enfants sont similaires sur le continent. Au Mali une bonne des enfants issus de milieux pauvres n’ont pas la chance d’être scolariser.

    • Tu vois Michel que ce soit ici ou ailleurs en Afrique, c’est pareil! Et ça prouve que nos dirigeants doivent s’assoir et réfléchir. Sinon, l’Afrique sera toujours dans des difficultés car la relève ne sera pas assurée! Triste Michel!

  5. Je suis aparté par ton travail Josy. Belle compilation des différentes situations dans différents pays. Comme on le voit bien, les problèmes sont les mêmes dans la quasi-totalité des pays africains, donc des pays pauvres… c’est a cet effet que la 1ère Dame de Côte d’Ivoire, Mme Dominique Ouattara a entamé une lutte contre le travail et la maltraitance des enfants en terre d’Eburnie. Elle a même posé des actions contre la traite-transfrontalière (Côte d’Ivoire-Mali), avec l’ex-1ère Dame malienne ( l’épouse du président ATT).
    Belle plume… et bonne continuation !!! Ma #Camer !!!

    • Tu sais FBI, il ne faut pas que les difficultés des parents soient seulement ceux des premières dames qui viennent et partent! Non, nous devons tous nous mobiliser, construire des projets durables pour ces petits innocents! Pour moi, c’est ça la solution!

  6. Votre réflexion me touche jusqu’aux os.
    En Guinée aussi, c’est la même image que celle que vous avez décrite dans ce billet. Ça me fait mal au coeur de voir des enfants en âge d’aller à l’école se débrouiller dans des activités qui ne servent en réalité à rien. Merci à vous, chers collègues pour ce beau travail. Espérons que votre appel soit entendu !:p

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