Stop, arrêtez tout, Paul Biya arrive !

A l’heure actuelle, j’ai l’impression d’être une inconnue dans mon pays. J’ai l’impression d’être « l’autre », celle qui vient d’ailleurs, d’une autre ville que Douala, d’un autre pays que le Cameroun. Vous savez, ce n’est pas difficile de connaître la cause. Il s’agit même d’un jeu d’enfant. Paul Biya vient à Douala. Quoi ? Je répète : Paul Biya, notre président de la République, vient à Douala !

Arrivée de Paul Biya: "Cameroun24.net"

Arrivée de Paul Biya: « Cameroun24.net »

-Et alors, me répondra sûrement un  étranger, quelqu’un qui n’a que faire de cette visite. C’est normal qu’un président visite ses villes non ?

Si je vous disais qu’on compte ses visites, en 31 ans au pouvoir, dans la ville où je suis née?Quand Paul Biya vient à Douala, c’est tout le problème. C’est plus qu’un problème, c’est un scandale. Pourquoi ?

Hier, 19 heures 30 :

Je suis dans un cargo. Tout le monde bavarde. Paul Biya est mauvais. Samuel Eto’o doit marquer le 17. Mon voisin qui raconte ses petits déboires. Les petits malfrats du quartier qui volent ses porcs. Sans sa vigilance, ils lui auraient bien dérobé toute sa seule richesse. Tout ça, c’est la faute de Paul Biya qui refuse de changer son régime. Ennuyée et épuisée, je pose ma t Biya qui refuse de changer son régime.es raisons!s bavardages ête sur le dossier plein de fer de mon siège. L’embouteillage aidant, j’ai même somnolé. Et soudain, silence ! Ça c’est pas l’habitude d’un cargo. Je sursaute et lève la tête. Que vois-je ? Un, deux, trois, quatre… camions remplis de militaires. Ils défilent à tour de rôle à toute vitesse.

-Celaa sent l’arrivée de Paul Biya, lance un passager pour rompre le silence.

67 minutes plus tard (sur une route où je mets habituellement 20 minutes maximum), je suis arrivée.

Aujourd’hui :

7 heures 15 minutes :

Il y a des policiers. Dieu qu’ils sont nombreux en route. Et aussi des gendarmes et même des militaires. Ils sont placés non loin du grand carrefour d’à côté. Je dois sortir. Je dépense deux fois le prix de transport habituel à cause des embouteillages. J’emprunte deux taxis.

-Ma fille, il faut rentrer aujourd’hui au plus tard à 18 heures hein ? me supplie presque mon 1er chauffeur.

-Pourquoi papa ?

-Mais ma fille, hier, près de 25 gendarmes sont arrivés dans mon quartier. Ils contrôlaient tout le monde. Ils ont surement arrêté des gens, dit-il d’un ton de confidence. Ils sont nombreux dehors !

Comme si cela ne suffisait pas, il me raconte ses déboires. A Bonanjo, centre administratif de Douala, des rues ont été fermées. Il ne peut plus gaspiller son carburant. Il doit garer son véhicule. Mais, il ne sait avec quoi il va nourrir sa famille. Paul Biya vient, et c’est tout !

12 heures 30 :

Je suis non loin du pont sur le Wouri. La route a été barrée, non loin de la tribune qui doit accueillir notre roi lion. Il y a des forces de l’ordre. Des élèves, papa, maman, pépé, mami, marchent à pied. Hypertendus, diabétiques… Paul Biya arrive. Stop , on marche à pied !

14 heures :

Je rencontre des étudiants dans des services administratifs. Il faut toujours faire des concours, on ne sait jamais. Le problème ? Ils sont venus signer des documents. Ceux qui devaient le faire ne sont pas là. Où sont-ils ? Mais, faire des préparatifs. « Tu ne sais pas que Paul Biya vient ? », te réponds une secrétaire, parfumée, vernie, qui n’attend plus que son heure pour rentrer. La jeunesse, c’est l’avenir. Mais, peut-être que ce concours était leur chance. Si non, demain, ils seront irrécupérables. Mais, rien n’y fait : Paul Biya vient, on arrête tout !

17 heures :

Au téléphone. C’est mon cousin qui croit toujours que je connais des choses que personne ne connait: « S’il te plaît Josie, est ce que demain est un jour férié ? ». Etonnée, je demande pourquoi : « Mais, mon prof m’a dit qu’il ne venait pas demain parce que Paul Biya vient », me répond-t-il presque énervé. Je dis non et il raccroche en disant que pour une fois, je ne connais vraiment pas tout.

18 heures 13 minutes :

Un ami est prêt. Il rentre chez lui. J’ouvre des yeux étonnés. Il rentre toujours le dernier, afin, presque. « J’habite à Bonaberi. On nous a dit qu’on allait fermer la route d’un moment à l’autre. Dès minuit et jusqu’à 14 heures demain, personne ne passera. Demain, je ne serai pas là ». Merde ! J’ai juré. Tout ça à cause d’une visite présidentielle ? Oui, Paul Biya arrive. C’est ça, on arrête tout ! …

Chers lecteurs, voilà mes raisons. Paul Biya vient. Le roi lion arrive. Il y a des policiers dans la ville. Des militaires, la garde présidentielle même. Toute la ville prépare cette venue. Tout est paralysé.  Et tout ça, pour la pose des 1ères pierres du 2ème pont sur le Wouri et de la centrale à gaz. Stop, arrêtez  tout, Paul Biya arrive !

impression d’e, j’ous ai parlé iavel pour mieux comprendre la psychologie du roi.

 

 

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josianekouagheu
Cet espace est une tribune pour moi; de montrer ce qui se passe dans mon pays, ma ville et mon quartier. A bord de mon blog, je parle de ce qui me tient à cœur, de ce qui ne va pas dans mon pays et surtout de ce qu'il faut faire....

17 Des réflexions sur “Stop, arrêtez tout, Paul Biya arrive !

    • Tu ris Thierno? Moi aussi parfois tu sais. Seulement, c’est une situation très grave. Elle est à la limite écoeurante. Cet après midi, dans un taxi, on nous a demandé de presenter nos Cartes nationales d’identité. Une première. Je n’ai plus vu les fous dans la rue! Non tout est clair et juste parce que Paul Biya arrive. Déplorable!

  1. Pour vu que je suis habitué avec ces spectacles, synonymes d’une forme de mégalomanie, je ne suis pas trop surpris. Néanmoins, je trouve ridicule, qu’a cause la visite d’un Président, tout s’arrête dans une ville.

    • J’ai l’impression Osman, que c’est la marque de fabrique des pays du tiers monde. Le président se prend pour le centre du monde. Il se considère pour le roi des rois. Si je te racontait ce que j’ai vécu aujourd’hui, tu allais vraiment pleurer à ma place. Honte au Cameroun!

  2. C’est dommage que les choses se passent ainsi. Et ce que tu décris comme réalité n’est pas loin de celle qu’on connaît dans nos pays aussi. Le développement n’est pas pour demain…

  3. C’est vraiment fatiguant cette affaire, Josiane, j’ai souffert hier soir dans les embouteillages et au niveau du Rond-point Déïdo, tout le monde doit aller à pied, jusqu’à ce que le président ait fini de poser sa pierre, j’ai surtout pitié pour les habitants e Bonabéri

  4. Il se la joue en Roi! Mais comme le dit une chanson traditionnelle « bamanan »: « un morceau d’or ou un morceau d’argent, personne n’est éternelle » juste te dire ma grande que ce règne prendra fin un jour! En tout cas beau billet sur un ton dénonciateur comme toujours.

  5. Super billet josiane. Le Camerounais qui contredirait cette réalité est un aveugle mais comme on dit souvent, au pays des aveugles, les myopes sont rois. En tout cas, courage!

  6. chère Josiane,
    Tu te fais plus rare en ce moment sur ton blog et c’est toujours avec un grand plaisir que j’ai à te lire .
    Si tu lui retires tout le désagrément que ce vieux roi vous occasionne, que lui restera-t-il, la bonne gouvernance du pays, pas sure, après 31 ans de règne qu’elle est son bilan !
    Force est de constater que tout sur son passage doit s’arrêter, mais tout cela est-il bien protocolaire.
    La caravane passe et la poussière retombe en espérant qu’il n’ait pas l’intention de poser la seconde pierre !
    Au plaisir de lire rapidement.

    • Ah Fc comme tu es drôle là! Ce vieux roi comme tu dis là, doit savoir prendre en charge l’amour de son peuple. Tu sais Fc, j’ai compris ce que tu signifiait par là. J’ai compris ton message. T’en fait pas. Tu auras de mes nouvelles assez régulièrement tu sais!

  7. quand je pense ke moi j’habite à moins d’un kilomètre de la présidence du Tchad et que j’ai jamais vu une route barrée parce que le président sort! d’ailleurs j’ai même jamais su quand il sort… le Cameroun est grave hein???

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