« Je te le jure papa, je ne dirai à personne que tu m’as violé(e) »

« Slt Josiane. Je viens de lire ton enquête sur les enfants violés dans le journal. Beau texte… » Beau texte ? Ces mots d’un de mes fidèles lecteurs n’ont cessé de passer en boucle dans ma tête. J’ai passé des semaines à rédiger cette enquête. J’ai parcouru de longues distances pour rencontrer des sources qui parfois, annulaient des rendez-vous sans explication. Soit. Mais, je ne parviens pas à oublier cette peur exagérée, cette angoisse permanente, ces yeux vides de sens comme ceux d’un adulte à qui la vie n’a rien apporté, cette haine des hommes… que j’ai lue dans le regard de ces petits enfants violés.

Violée par son père à 2 ans, elle crie chaque nuit : « Papa, je n’ai dit à personne. »

La première victime que j’ai rencontrée était âgée de 4 ans. Elle dormait. A l’écoute de ma voix, elle a sursauté, s’est réveillée et s’est mise à pleurer. Pour une fois, mon sourire n’a pas opéré chez un petit enfant. Sa mère a fini par la calmer et elle s’est endormie, le pouce droit dans la bouche. Elle semblait si agitée. Ses mains retenaient la jupe de sa mère comme si elle s’attendait à ce qu’un mauvais ange vienne la kidnapper dans son sommeil.

Une petite fille violée. Crédit photo: google.fr

Une petite fille violée. Crédit photo: google.fr

« Elle a été violée par mon mari. Son propre père. Il s’est enfui après son acte », m’explique la mère de la petite fille, les larmes ruisselant sur son visage. Elle semble perdue dans ses pensées. « A l’hôpital, les médecins ont constaté que mon petit bébé a été violé plusieurs fois de suite », continue-t-elle, la voix enrouée.

Depuis cette période, la petite fille si joyeuse avant est devenue renfermée. Elle ne joue plus avec ses petits amis. Elle a peur de tout le monde, même de ses grands-parents. L’enfant est aujourd’hui suivi par un psychologue. La mère a été obligée de déménager à deux reprises parce que son enfant criait en pleine nuit. Le même rêve nocturne se poursuit pourtant depuis près de deux ans. La phrase de fin est toujours : « Papa, je n’ai dit à personne »…  que tu m’as violée (j’imagine cette fin chers lecteurs et lectrices). La petite fille pense dans son rêve que son papa est toujours là.

 « Papa a dit que si je le trahis, il me tue. »

Lorsque le regard d’une petite fille âgée de 6 ans, au visage émacié, a croisé le mien dans un quartier populeux de Douala, j’ai sursauté. Le regard qui me fixait semblait rempli de haine et vide à la fois. C’était le regard d’une petite fille qui avait été violée par son tuteur, un jour de décembre. Sa mère m’a confiée entre deux sanglots que sa fille n’acceptait plus de rester seule. Cette jeune fille (26 ans), m’a dit que son unique enfant était devenu « bizarre ». « Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle ne m’avait pas dit  qu’on la violait, elle m’a alors lancé cette phrase : ‘papa a dit que si je le trahis, il me tue », me raconte la maman.

« Je te le jure papa, je ne dirai à personne que tu m’as violée »

Au fil de mon enquête, j’ai rencontré des petits garçons violés (sodomisés, c’est comme vous voulez) par leurs pères, certains par leurs oncles et voisins. J’ai rencontré des petites filles qui avaient peur de tous les visages masculins qu’elles croisaient sur leur chemin. Certaines ne voulaient plus aller à l’école.

Je me souviens d’une journée, en particulier, passée au milieu d’enfants violés qui essayaient d’évacuer leur peine en peignant et en interprétant une pièce théâtrale. Sur les tableaux, on pouvait voir des scènes de viol. Les légendes rédigées dans un français approximatif étaient aussi parlantes. Les personnages avaient toujours une phrase déguisée et cachée parfois : « Je te le jure papa, je ne dirai à personne que tu m’as violé(e) ». Vous l’avez compris ! Le violeur, influent, menace l’enfant. Et la victime a toujours peur de son bourreau.

Dénoncez le violeur, même s’il est le père ou le plus riche de la famille

S’il y a une chose que j’ai retenue au cours de cette enquête, après avoir rencontré des victimes, psychologues, psychopathologues, enquêteurs sur des questions de viol (police et gendarmerie), responsables d’association de lutte contre le viol, enseignants et avocats, c’est qu’il faut dénoncer le violeur. Il faut le dénoncer même s’il est le père, l’oncle, l’époux ou le grand-père. Il ne faut pas avoir honte du qu’en-dira-t-on et du regard de la société. Je sais que c’est pénible.

Dénoncez pour avoir la conscience tranquille. Dénoncez surtout pour que vos enfants et les autres enfants soient épargnés. Portez plainte et suivez la procédure jusqu’à la fin (que ce soit au commissariat, gendarmerie ou au tribunal) pour que d’autres violeurs prennent peur et ne violent plus de petits enfants. Dénoncez ce crime…  

N.B : Le mot « papa » est un mot noble. Je le concède, chers lecteurs et lectrices. Je n’aurais jamais voulu l’utiliser n’importe comment. Je m’excuse si sa « vulgarisation » dans mon billet vous a indignés. Je tiens juste à préciser que l’enfant violé appelle généralement son bourreau « papa », qu’il soit son vrai père, son beau-père, son oncle, son grand-père, l’ami à papa ou maman, le voisin, le boutiquier ou le grand-frère.

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josianekouagheu
Cet espace est une tribune pour moi; de montrer ce qui se passe dans mon pays, ma ville et mon quartier. A bord de mon blog, je parle de ce qui me tient à cœur, de ce qui ne va pas dans mon pays et surtout de ce qu'il faut faire....

23 Des réflexions sur “« Je te le jure papa, je ne dirai à personne que tu m’as violé(e) »

  1. Je suis sans mot après ce texte si émouvant. Tu décris une douleur qui colle à la peau de ma société congolaise également. Retiens-toi très bien, il s’agit ici des viols en masse et des bourreaux intouchables …
    Pitié pour notre Afrique,

    • Tu sais Chantal, je me dis qu’il faut dénoncer ces criminels, encore et encore. Je sais que, tapis dans l’ombre, ils sévissent dans de nombreuses maisons, que ce soit à Douala, Bangui, Brazzaville… J’espère qu’un jour, ces bourreaux ne seront plus intouchables. Mais plutôt touchables et condamnés!

    • Voilà le véritable problème Lucille. Les familles refusent de dénoncer les violeurs. Elles ont peur du qu’en-dira-t-on, bref, du regard de la société. Pourtant, en dénonçant le violeur, ils protègent d’autres enfants et par la même occasion, épargne la société d’un tueur!

  2. Franchement je souhaite entendre l’avis d’un psychologue ou un psychanalyste au sujet d’un père qui, consciemment a violé sa petite fille de 4 ans. Encore un grand merci à toi Josiane d’avoir eu le courage de toucher cette plaie du doigt.

  3. Aucun individu normal ne peut rester indifférent à la lecture de ce texte qui évoque une indescriptible tragédie. Personnellement, interloqué, je ne peux décrire ce que je ressens : dégoût, mépris, haine, folie, …???? C’est un drame qu’il ne faut point taire. Au contraire, le combattre et le dénoncer par tous les moyens.
    Merci Josiane d’avoir osé parler d’un sujet, paradoxalement, si important et, en même temps, assez répugnant.
    Ce ne sont pas des pères, des oncles, des voisins, ou des boutiquiers du coin, mais plutôt de minables monstres écervelés.

    • Je ne parviens pas jusqu’ici à comprendre Debellahi, le genre d’individu qui viole sa fille. Comme tu l’as dit, « ce ne sont pas des pères, des oncles, des voisins, ou des boutiquiers du coin, mais plutôt de minables monstres écervelés ».

  4. Le viol est un acte odieux dont les victimes portent les séquelles tout le reste de leur vie. Mais en gardant le silence elles préservent leur bourreau de la justice. Il faudrait que la société civile dont font partie les blogueurs les aide à demander justice. C’est ce que tu as si bien fait dans ce billet. Courage aux victimes.

  5. Billet vraiment pathétique, Josie. Je me demande si ces individus ont un cœur ; sinon comment expliquer qu’ils soient aussi cruel envers les enfants, qui ont juste besoin de protection ?

  6. Billet stupéfiant. A vrai dire ce qui me laisse sans voix c’est l’age des enfants violées: 2 ans, 4 ans 6 ans. mais Josy tu n’as rien dit sur les motivations des papas en question. Sonde un peu ce coté la aussi et bon courage a toi.

  7. ça ne se passe pas seulement à la télé ou dans les romans. les antisociaux existent bel et bien, parfois plus proche que nous ne le croyons. Merci Josiane de me le rappeler. Texte très touchant. Dieu vienne en aide à toutes ces personnes qui ont subi ces sortes de traumatismes.

    • Non Edjasso ce n’est pas seulement dans les romans ou à la télévision. J’ai rencontré tellement de victimes. Elles vivent un véritable calvaire. Que Dieu leur vient vraiment en aide et surtout qu’on dénonce ces criminels. Merci de ton passage!

  8. Comment peut-on détruire consciemment la vie d’un enfant de deux ans? On vit parfois dans notre petit confort et on ne pense pas à ce genre de choses qui arrivent pourtant tout près de nous. Les enfants que tu as interrogés ont eu la chance d’avoir des mères qui les ont écoutés mais ce n’est pas toujours le cas. On ne fait pas de suivi psychologique et on considère ça comme une banale épreuve de la vie. c’est triste.

  9. Je n’ai jamais compris comment on pouvait pousser son sadisme jusqu’à utiliser des enfants pour assouvir ses pulsions à fortiori son propre enfant. C’est vraiment dramatique.

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