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Au secours, je suis une potentielle condamnée à mort au Cameroun!

Dans la vie, on choisit ses combats, on emprunte son chemin et on trace sa voie. J’ai lu « Le dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo. Je l’ai lu à une époque de ma vie où je ne mesurais pas encore réellement la brutalité du monde. Il y a deux mois, on m’a offert « Geôles d’Afrique ». Un livre qui m’a ouvert l’esprit. Fruit de deux années de dur labeur d’enquêtes et de reportages réalisés par des journalistes Camerounais, ce livre m’a plongé dans l’univers des prisons. Ce livre m’a montré les limites de notre justice, mais surtout m’a prouvé une chose: il suffit d’un rien pour faire de la prison au Cameroun. C’est comme si on était accroché à un mince fil. Que tu le lâches ou pas, tu peux tomber, basculer dans l’autre monde.

Crédit photo: Shayan Sanyal
Crédit photo: Shayan Sanyal

En feuilletant ce livre, j’ai découvert au fil des pages  le monde carcéral. Quand on prend son bateau pour affronter les eaux dangereuses des mers et des océans; dans la quête de l’eldorado, on peut vouloir une justice à la camerounaise. Je vous l’assure! Au fond de moi, j’ai lancé cet appel: au secours je suis une potentielle condamnée à mort au Cameroun.

Stop, c’est un cri lambda au pays des lions indomptables. Imaginez vous dans une salle de classe de 77 élèves. Vous vous trouvez dans un espèce d’internat. Les autres ont le droit de sortir, pas vous. Que faites-vous ? Vous ne voyez jamais la lumière du soleil. Vous êtes confinés. Vous voyez les mêmes murs, vous vivez la même galère pendant des années dans l’attente du maître qui vous délivrera. Je ne parle pas ici d’une délivrance normale. Vous allez mourir fusillé. Mais ça dure depuis 1996 pour certains.

Et oui, il  y a près de 77 condamnés à mort dans les prisons du Cameroun. Depuis plus de 10 ans ils attendent l’exécution. Certains ont été condamnés sans savoir qu’ils pouvaient faire appel.  Ils ont laissé passer ce temps dans l’ignorance. Leur destin aurait pu changer. Une étoile filante aurait pu être la leur. Ils auraient pu voir à nouveau la couleur du soleil, respirer l’air du dehors. Mais non ! Le destin Camerounais a frappé. D’autres ne savent même pas qu’ils peuvent écrire au président de la République pour solliciter sa grâce. Et ils sont alors obligés, du fond de leur cellule, de prier Dieu, le seul ami qui leur reste, après l’abandon des amis et parents, pour que le jour de la fusillade arrive vite. Ils sont fatigués de contempler leurs dernières lueurs du soleil qui apparaissent à la manière des gouttes d’eau, avant le dernier jour, comme dans « Le dernier jour d’un condamné ».

Moi je suis pour l’abolition de la peine de mort. Pas parce que je ne supporte les crimes. Non, tout simplement parce que j’estime qu’il y a plusieurs manières de punir un crime. Je vois d’ici les personnes qui diront sûrement: « celle-la n’a pas encore vu ce qu’un criminel est capable de faire ». Détrompez-vous! Ils ont dépouillé, tué des personnes qui m’étaient très proches et très chères. Je les pleure encore dans mon cœur. Je ne les oublierai probablement jamais. Mais, je ne suis pas pour autant partisane de la peine de mort. Il faut aussi compter avec ces innocents qui sont en prison. Avec cette justice qui n’est pas toujours parfaite dans mon pays.

J’ai longtemps réfléchi avant de prendre ma plume. J’ai hésité devant ce combat.  Chers lecteurs, il y a la peine de perpétuité au Cameroun. Je parle de la peine à vie. Les autorités se justifient en disant que les études ont démontré que la peine de mort a baissé le taux de criminalité. Je me suis rapprochée de Me Nestor Ntoko, président de l’association « Droits et paix » et qui œuvre pour l’abolition de la peine de mort depuis des années et il m’a dit ceci : « aucune étude ne l’a démontré ».

Je n’ai pas pris cette décision au hasard. Encore moins à la hâte. Dans « Geôles d’Afrique »,  un prisonnier passe plus de 30 jours en garde à vue alors que le délai maximal est de 48 heures au Cameroun, renouvelable une seule fois uniquement sur une note du procureur de la République. Après trois années de prison, des prisonniers sont libérés, sans preuves de culpabilité. Des hommes et femmes sont jetés en prison, assassinés, parce qu’ils ont osé tenir tête aux forces de l’ordre. Ils sont en prison.

Ils savent qu’ils sont innocents. Mais, que faire ? Certains d’entre eux ont au moins la chance qu’ils entendront à nouveau le bruit des bavardages des hommes et femmes du cargo, de la radio du voisin, après N années. Qu’importe, ils supportent tout avec cet espoir. D’autres, des condamnés à mort, n’auront pas cette chance. A quoi ça sert d’être condamné à mort à la fin ?

Des pays comme le Gabon l’ont aboli. C’est un grand pas vers le futur. Je veux que mon pays, le Cameroun, se lance dans la danse. Au secours, je suis une potentielle condamnée à mort au Cameroun! 


A quand un « Lincoln » camerounais ?

Depuis que la dernière image de ce film a disparu de l’écran, ma mémoire ne cesse de travailler. Cela fait pourtant trois jours que j’ai vu le film à l’Institut français de Douala, à l’occasion de la fête du cinéma américain. Mais, rien n’y fait. Je rêve comme une toute petite fille devant sa première poupée. J’aurais sacrifié beaucoup de choses pour avoir un cadeau de Noël, version « Lincoln » en vrai. Ce film m’a fait découvrir l’autre visage du pouvoir, le courage d’un président. Pas comme notre « roi-lion » quoi ! Oui vous allez me dire que je rêve trop. Qu’entre les Etats-Unis et mon Cameroun chéri, c’est comme le jour et la nuit. Le fossé entre les deux pays est immense. Infranchissable même pour certains. Et les combats ne sont pas les mêmes.

Une scène du film "Lincoln": "Crédit photos: Telerama.fr"
Une scène du film « Lincoln »: « Crédit photo : Telerama.fr »

N’empêche ! Voir à l’écran, comment un homme, seul contre son destin, seul contre tous parfois, même contre sa femme, pouvait changer un pays, apporter de la lumière, m’a fait pleurer. Oui je le dis sans honte. « Lincoln », m’a éclairée. J’ai vu comment, les derniers mois tumultueux du mandat du 16e président des États-Unis, Abraham Lincoln, dans une nation déchirée par la guerre civile, la ségrégation raciale (surtout ce point) et secouée par le vent du changement, m’a prouvé que tout était possible dans cette vie. « Ce sont les gens qui entourent Paul Biya qui sont méchants. Lui il n’est pas méchant hein ? ». Comme j’entends ces paroles dans les chaînes de télévision et à la radio. Les fidèles de chez fidèle du roi-lion veulent tout faire pour nous montrer que notre président est Nickel comme l’ange. Qu’il est seulement « intoxiqué » par son entourage. Vous avez vu « Lincoln » chers supporters infaillibles et inconditionnels aveugles voyants?

Le « Lincoln » camerounais attend toujours

Faites un tour dans une salle de cinéma. Oh que dis-je. J’oubliais que toutes les salles du Cameroun sont fermées (même ça le roi-lion ne sait pas ?). Allez dans n’importe quel carrefour de Douala. Demandez au jeune vendeur de CD (il a un doctorat hein ?) le film « Lincoln ». Pour deux petites pièces de monnaie, vous l’aurez. C’est de la piraterie, mais il s’en fout. Le roi-lion ne crée pas les emplois. J’ai compris, la faute à cette maudite intoxication de l’entourage. Que disais-je ? Après avoir acheté le CD, allez le voir dans votre beau salon huppé, climatisé, aux fauteuils en cuir. Attardez-vous un instant sur l’homme-président Abraham Lincoln, qui apparaît sur votre écran plat qui vous a coûté des yeux de la tête (l’argent du contribuable camerounais détourné). A cette époque-là, les Etats-Unis allaient mal comme le Cameroun d’aujourd’hui. Seul l’objet du problème fait la différence de nos jours. Abraham était un président comme Paul Biya actuellement. Qu’est-ce qui fait problème alors ?

J’avais honte lors de la projection du film. Je me suis exclamée intérieurement : comment est-ce qu’un président pouvait être comme ça ! Par comme ça, voyez mon étonnement devant un Lincoln qui voulait voir son peuple uni. Donner la liberté à tous et surtout aux Noirs. C’était ce qui entravait l’Amérique à cette époque-là. Et au Cameroun de 2013 ? Nous avons un président ? Oui et alors, te répond le Camerounais lambda. Un « Lincoln », il te dira que ça, ce sont des bobards, des rêves impossibles quoi. « Attend même 100 ans hein la rêveuse. Tu rêves toujours après plus de 30 ans de pouvoir ? » C’est fou comme un « Lincoln » à la camerounaise m’apparaît impossible quand je me relis à travers ce billet. Pas dans la génération actuelle en tout cas.

Dans « Lincoln », j’ai vu un président prêt à tout pour sauvegarder l’harmonie entre ses habitants. Un président qui tenait tête pour le bas peuple. Au Cameroun, dans la vraie vie, le bas peuple, ça n’inquiète pas notre roi-lion. Le chômage, les détournements et la pauvreté, c’est ce qui entrave notre épanouissement. Mais, nous n’avons pas de « Lincoln » chez nous.  Je l’ai eu en l’espace de 2 heures 29 minutes dans une salle de cinéma. Ça, c’était le rêve d’une époque future qui arrivera « peut-être ». « Lincoln » a tout fait pour faire adopter ce 8e amendement. Il l’a fait et il a aboli l’esclavage. Il n’a fait que deux mandats sans les achever. Il est mort assassiné, pour une cause juste. C’était ça mon rêve. De la fenêtre où je suis placée, je vois la même rue de Douala. Des jeunes sans emploi, surdiplômés, envahissent le trottoir à la quête de leur pain quotidien.  A la télé, j’entends les mêmes promesses. On essaie de justifier ton silence « roi-lion ».

Je rêve d’un « Lincoln » camerounais !


Chers candidats, entre les bananes, le riz, savon… je vous écris ma lettre !

Bonsoir à vous, chers candidats aux législatives et municipales du 30 septembre 2013 au Cameroun.

Je sais que vous vous demandez sûrement qui je suis, pourquoi je vous écris et même ce qu’une petite blogueuse comme moi a à vous dire. Ne vous en faites pas ! Je suis une Camerounaise, comme vous ! J’ai participé à plusieurs de vos campagnes (en tant que spectatrice bien sûr). J’ai écouté vos mensonges promesses. Santé pour tous, éducation pour tous, électricité pour tous, eau potable, travail pour tous… Je regardais votre visage au moment où vous lanciez ces promesses. Je préfère taire ma description. Mais, je sais que vous le savez (le mensonge a les pattes courtes chers, candidats). Cela fait des années que l’eau ne coule plus à Douala. On l’obtient par horoscope ! Pour l’électricité, je ne veux pas ressusciter les morts ! Education ? Vos enfants vont peut-être à l’école ! Faites un tour dans votre circonscription, et vous verrez !… Je me perds là !  

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Je disais que je suis dorénavant convaincue. Je n’aurais peut-être jamais l’occasion de voir des campagnes électorales à la hollywoodienne au Cameroun. Même pas en pâle copie ! Non, le Cameroun a décidé de se satisfaire de sa médiocrité (je ne dis pas que vous êtes médiocres, sauf si vous estimez que si). Il n’y aura que la télé pour me faire rêver. Et internet pour nous montrer un autre paradis électoral. Où les hommes se promènent de quartier en quartier, de ville en ville, mobilisent des foules, vendent leur rêve électoral et récoltent des applaudissements à faire pâlir de jalousie notre « roi lion » celui-là même que vous voulez remplacer. Mais, j’ai compris (je prends à témoin mes lecteurs), que vous, hommes politiques camerounais, ne pouvez plus mentir à votre conscience. Souvenez-vous, c’est notre seul juge. Celui-là qui nous met en conflit avec nous-mêmes. L’adversaire n’est plus l’autre. Et on ne peut pas lutter avec soi-même. Quand on n’a jamais construit les routes, les ponts, les écoles, les centres de santé, les bornes-fontaines… promis, on commence à se juger.

Vous avez traversé ces mêmes routes mal éclairées, mal entretenues que moi. J’ai vu comment elles, ces routes bien sûr, ont écorché vos grosses voitures. J’ai vu comment une coupure d’électricité à interrompu vos meetings (gloire à Dieu). Et comment des jeunes désœuvrés, sans emploi, vous ont hués. Vous avez froissé le visage. Mais, vous étiez incapables de dire : « Arrêtez ces vauriens ! »  Vous aviez trop peur ! Qui va vous donner les voix de votre victoire ? Leurs parents qui sont incapables de les contenir tant le chômage les a rendus irrespectueux ? Les voisins qui avaient trop peur de recevoir un coup de poignard à la tombée de la nuit ? Non, vous avez accepté ces injures en promettant qu’une fois élu, vous allez sortir votre carte comme d’habitude. Vous vous êtes dit : « D’ailleurs même hein ? Ils vont encore me voir où ? ».

Certains d’entre vous ont essayé de s’acheter cette conscience-là. Normal quand on voit que les choses ne vont pas comme nous le souhaitions. Vous avez distribué des doigts de bananes (l’innovation cette année), du riz, du savon, du pain… comme si on pouvait s’en rassasier. Et à chaque fois, c’était la même pièce théâtrale avec pour répétition : « Je ne vous corromps pas. Je ne vous le donne pas pour que vous me votiez ». Pourquoi alors, si durant cinq ans, ils ne vous ont pas vu ? Gentillesse subite ? Achat de conscience subite ? Comme ce petit garçon qui au début, refuse son bonbon à son ami et le lui donne lorsqu’il n’en reste plus qu’une miette ? Excusez-moi si je compare d’imminents diplômés comme vous à un enfant. C’est juste une parabole ! Mais que dis-je, une erreur de paroles ! 

Quels que soient les résultats des élections au soir du 30 septembre, je sais que vous n’allez pas changer. Je n’ai pas besoin de voir la campagne qui est (a été) moribonde pour l’affirmer. C’est peut-être la fin d’une époque ou la fin d’une génération aussi ! Les chèvres ne broutent pas les nouvelles herbes sans ressentir le nouveau goût ! Ne me dites pas que le peuple n’aime pas la politique. C’est l’homme politique (vous) en face qui pose problème !

J’ai pris quelques minutes mon stylo pour marquer un point. Sonner l’alerte ! Hommes du pouvoir ou de l’opposition, votre langage est similaire, comme le nez au milieu de la figure ! Peut-être au fond de vous, vous ne savez pas ce qui se passe ! Vous le faites peut-être de manière inconsciente ! Il est temps de tout laisser tomber, si vous avez cet amour comme moi pour notre cher et beau pays. Sinon, nous allons tous vers la catastrophe. On dit qu’il faut environ deux générations pour changer notre pays et moi, à cette allure, je pense qu’il en faudra au moins cinq ! Le pays va mal chers candidats. N’en rajoutez pas !

 

 


Sos : écoutez le cri des enfants d’Afrique

J’ouvre ce billet avec la chanson «Heal the World» de Michael Jackson en toile de fond. Les paroles résonnent dans mes oreilles et des rêves me viennent à la tête. Des rêves ! Dieu qu’ils me montrent un monde sans violences, sans menaces, pour toi, pour moi et surtout pour toute l’humanité. Où il n’y aura plus ce regard. Ces yeux innocents inondés de souffrance qui me hantent depuis des années. Qu’ils m’appellent, me supplient, m’horrifient.

Enfants d'Afrique. Crédit photo: "casafree.com"
Enfants d’Afrique. Crédit photo : « casafree.com »

Hélas! Ce matin encore, dans la même rue, au même endroit, ce regard était là. Et comme des pages d’un livre ouvert, j’ai tout lu. Ces enfants abandonnés à eux-mêmes. La rue n’a plus de secret pour eux ! Au Cameroun, ils sont jetés en prison au gré de l’humeur des « grands ». Quand le président ou une personnalité arrive, ils sont balayés ! Certains sont vendus, kidnappés !

Et je reviens à moi. Comme dans un sursaut après un mauvais rêve ! Des chansons passent en boucle. Je m’interroge : est-ce seulement au Cameroun ?

Au Togo, les enfants ont perdu leurs sourires innocents

Oh non ! La souffrance transparaît dans les paroles d’Aphtal Cissé. Dans son Togo natal, les enfants manquent de tout, même de l’affection parentale, des fois! A l’école, c’est instable car ces petits bouts de choux sont souvent mis à la porte pour scolarité non payée. Ils finissent par en avoir marre, à en avoir honte, et décident tout bonnement de rester à la maison. Et comme si cela ne suffisait pas, pour ceux qui arrivent à poursuivre, l’insuffisance des moyens limitent énormément leurs rendements. Ils sont soit éduqués au rabais, ou finissent par raccrocher tout simplement. Commencent alors les déboires, la volonté de faire de petits jobs pour aider la famille, ou au moins pour se prendre soi-même en charge. Ils ont alors entre 9 et 14 ans, et sont déjà déscolarisés, et confrontés aux dures réalités de la vie. Précarité, vices, mauvaises habitudes sont le lot de nombreux d’entre eux. A peine sortis de l’enfance, ils enchaînent de petits jobs, pour ceux qui sont dociles, ou essayent de se débrouiller, ceux qui veulent jouer au dur.

A Cotonou, les petits «Vidomegon» se lèvent à l’aube

Les paroles de Michael Jackson m’inondent. Comment rendre le monde meilleur quand Sinatou Saka, depuis le Bénin, me plonge dans une misère. A Cotonou, Sinat me dit qu’elle rencontre chaque matin au marché de Dantokpa, le plus grand marché du Bénin, des «Vidomegon». Agés entre 7 et 13 ans, très nombreux ces enfants arpentent très tôt le matin les étalages, soit pour demander quelques pièces pour survivre aux vendeuses matinales, soit pour ouvrir les magasins de leurs maîtresses. Eh oui le travail des enfants, parlons en dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest. A un jet de pierre du Togo et de la Côte d’Ivoire voisine.

Ces «Vidomegon» sont remis par leurs parents ou par des intermédiaires à des familles riches des grandes villes. Chez ces derniers, ils subissent pour la plupart des sévices corporels et sont traités à la limite comme des esclaves. On leur confie les tâches les plus pénibles,  les oblige à se réveiller très tôt et à se coucher très tard. Comme on peut bien l’imaginer, ils n’ont pas droit comme les enfants de leur famille d’accueil à être scolarisés ni aux soins de santé.

Au Ghana, Les petits « boys » ont la vie dure

Carlos Amevor vit au Ghana. En quittant son Togo, il pensait vivre une autre réalité de la vie des enfants. Hélas! Les petits « boys » vont à la pêche, à la chasse avec papa. Pas de possibilité d’aller à l’école ! Ceux confiés à des tiers, sont maltraités au quotidien. Dans des rues, la galère est la même ! La souffrance, lisible sur leurs visages !

 En Côte d’Ivoire, les enfants esclaves dans les champs de cacao

En Côte d’Ivoire, la mendicité est devenue « normale » chez les enfants. Fofana Baba Idriss m’a promenée à travers ses paroles dans ces rues sombres d’Abidjan. Entre la traite des enfants dans les plantations de cacao et la traite transfrontalière des enfants, les sourires édentés disparaissent comme un vol d’oiseau. Les parents pauvres, prêtent leurs enfants dans les champs de cacao. Et certains tombent dans les bras des trafiquants d’enfants. Triste réalité comme m’a lancé FBI.

 Enfants soldats en RCA

Et en République centrafricaine (RCA) voisine, des coups de canon résonnent. Eh oui ! Mais en plus, les regards d’enfants perdent leur innocence au milieu des décombres. Baba Mahamat a observé Eric, ce petit garçon âgé de 8 ans. Habillé en culotte de couleur noire, sans chemise, triste déboussolé, il était à la maison. Comme la plupart des enfants de son âge, Eric représente un cas d’enfants ignorés par le système scolaire. Ses parents n’ont pas assez d’argent pour l’inscrire à l’école. Ils sont ignorés par manque de volonté politique (la guerre y fait rage) et à cause de la pauvreté. Plus de 50 % des enfants en âge de fréquenter ne sont pas scolarisés. Depuis décembre 2012, plus de 500 000 enfants ne vont pas à l’école à cause des événements liés au coup d’Etat du 24 mars. Les établissements sont encore déserts en raison  de l’insécurité grandissante, des cas de déplacements… La situation actuelle en Centrafrique a pour conséquence une grave crise humanitaire et alimentaire qui affecte notamment de nombreux enfants. Certains enfants ont été enrôlés dans les troupes.

 J’ai voulu rire à la fin de ce billet collectif, mais je n’ai pas pu. Pour me redonner espoir, Fofana propose une lutte contre la pauvreté. Pour Baba, la scolarité doit être gratuite. Une nouvelle politique d’éducation doit être pensée. Pour Sinatou, un enfant qu’on éduque est un homme qui gagne.

Chers présidents d’Afrique, Unicef, Unesco, Onu…Ecoutez le cri des enfants d’Afrique.


9 enfants disparus au Cameroun: mon difficile retour de Bolounga

Mardi le 10 septembre 2013

Comme si les dieux s’étaient entendus avec ce beau climat qui inonde Douala, les nouvelles sont bonnes. Enfin, un peu teintées de tristesse. Sur les neuf enfants disparus au village maritime Bolounga, huit ont été retrouvés. C’est vrai, je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas contente. J’ai appélé Bolounga et on m’a confirmé la nouvelle. Le dernier enfant n’a pas été retrouvé. J’espère qu’il sera vivant. Mais, à travers le téléphone, j’ai perçu des cris de joie dans ce village plongé dans le tristesse depuis plus de 10 kours. C’était comme un miracle, après toute la peine que j’ai lu sur leur visage.

J’avais le coeur triste ce samedi-là, lors de mon voyage et ce dimanche matin à mon retour…

Ils ont disparu ces neuf petits enfants! Ils ont vraiment disparu. La réponse m’est apparue très claire ce matin, lorsque j’étais de retour dans ce car-cargo qui roulait à tombeau ouvert sur la route de Mouanko-Douala. Comme j’aurais voulu avoir une autre réponse, vivre une autre scène. Vous écrire un autre billet, plus joyeux, moins triste! Main non ! Rien n’était faux. J’étais allée au village Bolounga avec un espoir enfoui au fond de mon être : que ces informations sur la disparation des neuf enfants soient fausses. C’était très bête de ma part, je le sais.

Le Cameroun a perdu neuf enfants : cinq petits garçons et quatre petites filles. Ils ont disparu sans trace. Pas de chaussures, vêtements, jouets, objets quelconques retrouvés après plusieurs jours de fouille et de battues acharnées. « Vous allez à Bolounga ? Vous n’avez pas peur de disparaître ? », m’a lancé une Sœur, fervente croyante. J’étais encore dans une agence à Edéa, après quelques minutes de route de Douala. Je m’apprêtais à prendre le car pour le village. Bienvenu à Bolounga, le village des disparus (un nom de circonstance).

Itinéraire ponctué de tristesse…

Le paysage est féérique au village. "Crédit photo: Josiane"
Le paysage est féérique au village. « Crédit photo: Josiane »

Direction Bolounga donc. J’ai été accueillie par un paysage féérique : une forêt paisible, des oiseaux chantant à la gloire de ces reporters venus de très loin (peut-être), la Sanaga (le plus long fleuve du Cameroun) qui étendait sa force tranquille se déversait ce matin là au bord du village. Que c’était beau ! Mais, les regards des habitants m’ont fait oublier ce paradis sous les tropiques. Des regards larmoyants ! Comme une désillusion, j’ai compris : ils ont vraiment disparu ces neuf petits enfants. « Que Dieu m’entende ! S’il vous plaît, aidez-moi à retrouver mon fils ». C’était un cri, une peine, un désespoir proche de la fin. Elisabeth Abogo ne pouvait plus tenir. Des grosses larmes ruisselaient sur son visage si pâle. Mes yeux se sont embrumés. Je me suis retenue, au prix d’un immense effort, pour la calmer. Communiquer à cette maman qui n’a pas revu son fils, une force que j’étais loin d’avoir.

Ce petit matin du 30 août 2013, les enfants sont allés à la chasse aux escargots

Ce n’était pas tout. Joseph Dikanda est arrivé. Pas nonchalant, l’air visiblement ailleurs, pieds nus, vêtements déchiquetés. Il ressemblait à un fou. Que non ! Joseph a perdu six enfants. Cinq petits fils et un fils. Il pleurait. Ses yeux avaient rougi. Je ne savais comment consoler ce papa dont le regard recherchait pourtant quelque chose en moi. Quoi ? Pas une compassion en tout cas! Non, une réponse. « S’il vous plaît, aidez-moi ». Pour la toute première fois de ma vie, je n’avais même pas en pensée, une réponse virtuelle. Ma mémoire refusait de réfléchir. Joseph m’a alors tout raconté. Il m’a conté l’histoire de ce matin du 30 août 2013 que le Cameroun n’oubliera probablement jamais.

Les neuf enfants, âgés entre 6 et 12 ans, sont sortis ce jour comme d’habitude pour la chasse aux escargots. Au village, tous les enfants le font. Il était 9 heures. Munis des sacs et des bâtons, ils sont entrés dans le brousse, par une petite piste. A 16 heures, les bambins n’étaient pas de retour. « Souvent, ils ne font même pas une heure en forêt », m’a lancé ce papa né en 1955, l’air perdu. Inquiets les habitants ont commencé des fouilles. La forêt a été fouillée sans succès ! Et depuis, ils ne sont plus jamais revenus. Des soldats sont partis de partout au Cameroun, des forces d’élite, spécialistes de ces cas pourtant. Les fouilles n’ont pas abouti. « Où sont-ils ? Que font-ils ? Sont-ils perdus ». Joseph pensait que je pouvais avoir la réponse. J’aurais donné ce que j’ai de plus cher pour répondre à ces questions. Je n’avais pas de réponses chers lecteurs.

Bolounga vit depuis dans la peur…

« Ma petite fille est où ? ». La grand-mère Marie Kotto me l’a demandé d’un ton désespéré en agitant ses bras décharnés vers moi. Elle élève sa petite fille Corinne, 12 ans, depuis la mort de sa fille. Personne n’avait la réponse au village. D’ailleurs on a peur de tout ici. On ne sort plus n’importe comment comme avant. On ne part même plus en mer chercher le poisson qui permet pourtant au village de vivre. J’ai passé nuit à Mouanko, à quelques mètres de là. J’ai fait des rêves les plus bouleversants de ma vie. Le matin, dans le car-cargo, la tristesse était la même que la veille.

Mon voyage de retour était difficile. Je voulais rester et partir en même temps. Bolounga a perdu ses neuf enfants. La peur y plane ! Où sont-ils ? Je ne veux pas penser au pire !

(J’espère que le dernier enfant sera très vite retrouvé et que la paix retombera sur ce village jusque-là très calme!)


Bloguer ou risquer sa vie, possible au Cameroun !

Suis-je une chroniqueuse qui n’écrit que pour amuser la galerie ou se plaindre sans jamais agir? Chers lecteurs, je ne vous pose pas une question. Ou si, je ne vous empêche pas de me répondre. Mais, j’ai décidé de vous parler de mon activité en déphasage avec ce préjugé. Nous sommes aujourd’hui le 31 août 2013. Une journée qui fait honneur à ceux là qui animent des blogs comme moi. Cynthe Ibohn et Ivy Ben Mun ont eu l’idée de mettre ensemble des blogueurs Camerounais autour de plusieurs préjugés. Une sorte d’exutoire je vous le dis. Des blogueurs sont-ils  des chroniqueurs qui n’écrivent que pour amuser la galerie ou se plaindre sans jamais agir ? (l’un des préjugés) Suis-je un exemple?  Facile de répondre par oui ou par non ! Avant toute chose, je tiens à signaler que la situation actuelle de mon pays le Cameroun, n’est pas un cadre pour le divertissement. Et lorsque j’ai eu le concours Mondoblog, je ne l’ai pas oublié!

Journée Mondiale du blog"crédit photo: google"
Journée Mondiale du blog
« crédit photo: google »

Sur le blog, on écrit pour changer, comme des livres censurés

Imaginez-vous dans un village du 21ème siècle. Le sol est fertile. La moisson est toujours abondante. La forêt est dense et riche. Seulement, le chef accapare tous les fruits des récoltes. Les habitants sont des victimes et esclaves. Ils ne vivent que des miettes. Et ils ont surtout peur d’exprimer leur mécontentement. La Cause? La dernière fois qu’ils l’ont fait, le chef a envoyé ses gardes armés, sous la direction de ses notables. Dans la foulée, tu as perdu papa, plusieurs oncles, voisins et amis. Que fais-tu actuellement ? Tu cherches où épancher ta peine, l’endroit où déverser ta haine contre le chef et ses notables. Sur la place publique? Dans la chefferie ? Où alors ? Tu sais que tu es en danger, mais tu refuses de te taire.

Je pourrais prendre des centaines d’exemples pour illustrer nos espoirs perdus, nos haines contenues. Pour te prouver que rien ne va au Cameroun. Ce cas sera pour quelqu’un d’autre, un Camerounais bien sûr, le moins grave. Ils sont tellement habitués à plus. A souffrir au quotidien sans que personne ne lève le petit doigt pour les aider. Je m’adresse ici à ces irresponsables responsables (président, ministres, directeurs…) qui profitent de leur pouvoir pour affaiblir le peuple et s’engrosser de fric. Et maintenant, quand nous (blogueurs et blogueuses Camerounais), prenons notre plume pour dénoncer et interpeller, ils nous traitent des «chroniqueurs qui n’écrivent que pour amuser la galerie ou se plaindre sans jamais agir». Facile hein?  Et après vous allez dire que vous avez des raisons d’expliquer pourquoi vous avez censuré le livre : « Au Cameroun de Paul Biya » ?

 Pour moi, dénoncer, interpeller, rendre publique un fait, c’est agir*

«Josiane, tu peins toujours le Cameroun en noir ». J’ai trop entendu ces paroles. Donnez-moi des raisons de ne pas écrire des billets pareils sur mon blog  :

Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité au Cameroun. Il y a des morts. Le pays en produit et alimente pourtant la sous-région Afrique centrale. Je ne prends pas ma plume ?

La compagnie aérienne nationale a déjà absorbé plus de 50 milliards au contribuable camerounais. Elle ne décolle pas. On y injecte toujours « aveuglement » de l’argent. Je ne dénonce pas ?

La pénurie des Antirétroviraux est régulière au Cameroun. Chaque année des milliers de Personnes vivant avec le Vih Sida sont en danger. L’Etat s’en fout, pas de prévision. Je me tais ?

Le pont sur le Wouri  (près du Port, porte d’entrée et de sortie du pays) est vétuste. Ça tue ! Je n’interpelle pas ?

Et ces hommes politiques sans scrupule, ces enfants violés, excisés, ces étudiants désœuvrés…

Je dénonce, j’interpelle avec espoir de sensibiliser le grand-nombre et de faire changer les choses. J’agis ainsi ! La preuve, après mon voyage sur l’île de Djébalé, j’ai écrit le billet intitulé: «Djébalé, une île oubliée derrière Douala ». Par la suite, j’ai appris que l’île avait connu d’importants changements. Je ne sais pas si c’est mon billet qui l’a causé.

Non, juste pour vous dire que les blogueurs «ne sont pas des chroniqueurs qui n’écrivent que pour amuser la galerie ou se plaindre sans jamais agir ». La preuve, « ils » guettent nos publications, la peur dans le ventre. Comment je le sais ? Allez savoir pourquoi les blogueurs sont menacés et emprisonnés !

«Bloguer pour moi, c’est tout simplement être moi. Écrire pour dénoncer et interpeller, sans mensonge et sans maquillage».

D’autres publications:

1. #CMRBlogDay: Pourquoi? (Valdes Nzalli)

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Bonus: Que représente le blogging pour les mondoblogueurs? (Billet collectif sur Mondoblog)

Bonne fête à vous collègues blogueurs et blogueuses!