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Francophone-anglophone: le dilemme camerounais

«Il est habillé comme un vrai Bamenda». Et comme d’habitude, cette phrase a été suivie des éclats de rire. Et moi, pour une fois, je n’ai pas pu m’empêcher de me moquer de mon prof d’anglais, lui qui fait tous les efforts possibles pour me simplifier la langue de Shakespeare. Et pourquoi? Parce que vêtu d’un smoking noir,  mon prof «sapé» comme les jours de fête, a osé tenir à la main, un sac en plastique de couleur noire en guise de mallette. Il aurait pu tenir un attaché-case, ne cessaient de lancer mes amies. Mais, pas un sac plastique! Et  Honnêtement, ce n’était pas la  fashion attitude quoi! Au Cameroun, il y a des malaises plus forts que la question tribale (Bamiléké, Sud, musulmans…).

"Crédit photo: Journalducameroun.com"
« Crédit photo: Journalducameroun.com »

Une fois passés ces rires, je me suis interrogée . Pourquoi lui alors que des dizaines de personnes autour de nous s’habillent ainsi de temps en temps? Et la réponse est apparue toute seule: parce que c’est un Bamenda! Mais non, un anglophone, c’est ça. Vous savez Bamenda veut tout dire chez nous. Lorsqu’on s’habille mal, lorsqu’on porte des robes sur des jupes, des vestes sur des chaussures en sac, lorsque l’on mélange des couleurs pas vraiment compatibles, cela s’explique par ton appartenance à l’autre partie du Cameroun. Tu ne peux qu’être anglophone. Les francophones sont ainsi! Essaie d’insulter l’un d’eux, il te dira bien:

« Tu me vois comme un Bamenda? » Et l’anglophone de rétorquer: « Vous avez trop honte. Nous parlons le faux français et vous? Vous n’essayez même pas ».

Et là le débat s’enflamme. C’est le dilemme Camerounais.

Mon petit frère a failli crevé l’œil à son ami. Il avait osé l’appeler Bamenda parce que mon petit avait enfilé une culotte sur un t-shirt. Et ce jour, n’eut été la prompte intervention d’un voisin, il y aurait eu drame.

Le francophone n’aime pas que l’on l’appelle Bamenda, parce que ça fait villageois, ça fait « homme qui ne sait rien ». 

Les élèves se moquent de leurs professeurs d’anglais lorsque ces derniers osent s’aventurer dans un français qu’ils ne maîtrisent pas bien. Les rires sous cape de ses protégés le dissuadent d’ailleurs de continuer dans cette lancée. Pourtant, l’inverse n’est pas forcément vrai. L’anglophone t’écoute, te guide. J’ai fait l’expérience. Je vous le dis. Les anglophones sont parfois têtus, mais toujours prêts à aider l’autre pour une langue qu’il ne maîtrise pas.

Mais, comme ils sont minoritaires, certains se sentent lésés, mis de côté. Du coup, ils revendiquent leur part. Certains vont jusqu’à exiger la création d’un pays anglophone. A chaque 20 mai, fête nationale du Cameroun, ils renouvellent d’ailleurs leur désir de créer leur Etat de l’Ambazonie. Pour eux, l’Etat privilégie les Francophones (environ 78% de la population). Je me dis que ce problème date de l’après-deuxième guerre mondiale. Il y a eu forcement une manière de gouverner. Car, après la guerre, le Cameroun a été placé sous mandat de la France, partie Francophone et de l’Angleterre, partie anglophone. Sauf qu’il y a parfois un mal-être qui domine. Moi, je n’ai pris que l’exemple que je vis en milieu estudiantin pour illustrer ce dilemme!

 

 


La génération causante raconte le monde

Armés de leurs plumes, ils ont embarqué sur un bateau nommé Mondoblog. Ils racontent à leur manière, avec leurs mots, le monde selon les ports où ils se trouvent. C’est la génération causante… Accrochez-vous au navire que conduisent les capitaines Nicolas Dagenais, l’homme de Montréal et Danielle Ibohn, la Camerounaise.

J’ai embarqué sur le bateau Mondoblog. J’ai partagé mes aventures. Une vie de rencontres, de découvertes. La Guinée, le Sénégal, le Mali, l’Ukraine, le Togo… J’ai voyagé sans décoller. Ça se raconte à Mondoblog, comme raisonne le bruit « utile » du tam-tam au village. J’écoute et je pose ma main sur celle des autres. Et ensemble nous écrivons la génération causante- Josiane Kouagheu (Cameroun)

Nathy Kangami (Cameroun) : Il est 16 h, nous quittons Mbabane pour Joburg. Web-addict reconnue, je pianote sur mon Nokia E63, je surfe, je lis les infos RFI et je tombe sur « le téléphone portable vu par les Mondoblogueurs ». Je déguste en entrée « ya ya, si si, ciao ciao ciao… », le billet de la blogueuse Christelle Bittner qui écrit depuis le Pérou, et je souris.

Kaba Madigbè (Guinée) : Le Mondoblog ressemble à une vieille pratique en Afrique : « le conte vespéral autour du feu ». Avec Mondoblog, comme autour du feu, une génération cause.

Thierno (Guinée) : J’ai réalisé mon rêve d’enfance : Écrire.

Mylène Colmar (Guadeloupe) : Les mondoblogueurs méritent bien le qualificatif de génération causante, tant ils dissertent, jasent, blaguent, discutent, commentent, dénoncent, critiquent, tweetent, échangent, informent, écrivent…

Ameth Dia (Sénégal) : Génération causante, génération consciente, génération marrante!

Sinatou Saka (Bénin) : J’étais loin d’imaginer que je rencontrerais des personnes aussi éloignées de moi géographiquement auxquelles j’allais plus me rapprocher que ceux qui sont dans mon environnement immédiat.

Mylène Colmar (Guadeloupe) : Des quatre coins du monde.

Serge Katembera Rhukuzage (Brésil) : En 2008, quand je quittais l’Afrique, la RDC donc, c’était avec le désespoir au coeur. Ce qui m’attristait le plus en quittant l’Afrique c’était le manque de perspective et de soutien pour les jeunes. Que c’était désespérant d’être jeune en Afrique. Mais quel avenir pour eux? Aucun! Eh bien ça c’était avant de m’engager dans l’aventure Mondoblog et de découvrir à quel point mon cher continent regorge de talents. Sur Mondoblog, je découvre tous les jours du génie africain à l’état brut.

Ameth Dia (Sénégal) : Durant ces deux années, j’ai appris énormément sur ma personne puis j’ai découvert des univers particuliers et des façons de vivre que l’on ne voit pas forcément dans les médias.

Solo Niaré (France) : J’hallucine très rapidement de voir en un même lieu autant de tons colorés, d’histoires qui se laissent raconter, fluides et captivantes, soutenues par d’insolites locutions. Le temps d’une revue journalière, je m’abreuve des cultures du monde, de la sexualité des crabes à marrée basse dans les mangroves des îles de Loos à cette légende qui raconte comment le baobab malgache s’affiche comme un arbre renversé, pompant de ses racines l’eau des nuages. L’insatiable que je suis ne peut que se délecter de cette orgie. L’orgasme !

Sinatou Saka (Bénin) : Au-delà de l’aventure enrichissante qu’elle représente et qui a permis à plusieurs d’entre nous de partager de façon professionnelle, l’information de proximité, c’est avant tout la découverte d’une famille, de personnes qui partagent vos centres d’intérêts et que vous apprenez à connaître, à admirer, et à aimer article après article, jour après jour !

Aphtal Cissé (Togo) : C’est décidé! À ma mort, inscrivez cette épitaphe sur ma pierre tombale : « Ci-gît un homme qui sut s’entourer de gens plus intelligents que lui ».

Sinatou Saka (Bénin) : Génération causante comme nous a surnommés Claudy Siar.


«Le président», le film qui tourmente le Cameroun

Il n’est pas encore sorti dans les salles du pays – si salles il y en a bien sûr – mais il fait déjà trembler la république. Le film dérange, agace, tourmente et interpelle. Personne n’ose en parler à découvert. Le critiquer ? Il faut être un directeur de publication courageux comme Haman Mana pour oser le faire. Il faut surtout avoir le courage de parler du nouveau long-métrage Jean-Pierre Bekolo.

« Le président ». On en parle tellement que je ne pouvais pas ne pas vous raconter l’histoire. Au fond, c’est une histoire que l’on raconte souvent entre amis. Dans les bars, on en parle sans se protéger. Seulement, Jean-Pierre Bekolo a décidé de promener sa caméra sur cette réalité.

Résumé : Un président, après des décennies au pouvoir, dans un pays qui vit jusqu’ici « tranquillement », quitte le palais présidentiel, avec un chauffeur et un garde du corps, fatigué. « Le président » voyage vers un lieu inconnu. Sans aviser ses proches. Le pays entre en ébullition. « Où est passé le président ? », s’interrogent les télévisions, radios, collaborateurs et habitants sans trouver la réponse. Certains essaient d’expliquer la constitution, sans succès. Pourtant, le président se trouve dans un village. Il joue au golf et vit « simplement ». Il rencontre son épouse décédée, dans un lieu paradisiaque. Elle lui fait redécouvrir ses erreurs. Et surtout l’agitation qui se déroule autour de son départ. Après 42 ans au pouvoir « le président » s’en va. Et c’est une jeune femme, qui prend les rênes du pays. Et elle refuse tout « partage de gâteau ». Le pays sera dorénavant dirigé équitablement, semble-t-elle dire.

Pour livrer ce message, Jean-Pierre Bekolo a choisi un casting d’enfer. Gérard Essomba, le doyen des acteurs camerounais, joue le rôle du président. Valsero, le rappeur aux mots durs, joue celui du critique acerbe du pouvoir. Et comme si ces icônes ne suffisaient pas, le film semble voué à une censure.

« Je n’ai pas fait un film pour qu’il dérange, le plus important était d’ouvrir, de traiter de l’état mental de la société », justifie le réalisateur.

Pourtant, de l’avis de plusieurs journaux, le ministre de la culture a reçu une demande d’explication de la présidence de la République.

Finalement, c’est quoi un film? Une réalité ? Une fiction ? Ou alors une réalité peinte en fiction ? J’ai vu la série américaine 24 heures chrono. J’ai vu comment un film pouvait être une réalité. Le destin d’un président noir s’est concrétisé en réalité, avec l’élection de Barack Obama. Malheureusement, au Cameroun, c’est une autre histoire qui s’impose. La fiction est donc réalité ?


L’autre visage de Ndokoti, village du rayon solaire

« Est-ce que tu sais que le général Charles de Gaulle et Roger Milla ont passé quelques temps au village Ndokoti ?». J’ai posé cette question à mes amis. Et oui j’ai lu de l’étonnement, une expression de «est-ce vrai ? Mais je passe là-bas tous les jours !», sur leur visage. Normal quand on est étudiant à Douala, on ne peut ne pas connaître le village Ndokoti. L’université est située à quelques pas. Des grands instituts universitaires aussi. Son carrefour est inévitable pour toute personne. Ses voies ouvrent d’ailleurs sur tous les grands quartiers de la capitale économique du Cameroun. Le carrefour Ndokoti est l’un des plus célèbres de mon pays. Pour une fois, je ne leur peignais pas Ndokoti en noir.  Je ne leur parlais ni des embouteillages, ni du désordre urbain et encore moins des immenses marchés improvisés où les commerçants qui prennent le trottoir en otage, vous attrapent au passage sans cérémonie. Une image que retiennent les étudiants, les touristes et autres usagers de passage dans le village.

Je leur parlais du Ndokoti que j’ai découvert au détour d’un sentier. Du Ndokoti que j’ai découvert dans une histoire. Je vous avoue que ce que j’ai appris m’a quelque peu sonnée…

Ndokoti où là où rayonne le soleil

Dans les années 1200, quelques riverains Bassa de la Sanaga Maritime quittent leur village pour venir s’installer non loin des berges du Wouri. L’un d’eux, Belong, met au monde  un enfant qu’il appelle Kouti. Kouti va à son tour engendrer Lombo, qui lui aussi engendrera Lombo Nanga Nlep Pa. Ces trois descendants s’installent alors au plateau Joss à Douala.  Ils sont rejoints vers 1600-1700 par les « Duala » qui viennent alors du Congo voisin (ex-Zaïre).  Entre les deux peuples, la cohabitation n’est pas facile.

Une vue du carrefour Ndokoti-par Josiane Kouagheu
Une vue du carrefour Ndokoti- By Josiane Kouagheu

La première bagarre survient à la suite d’un mariage entre un homme Bassa et une fille Douala. L’époux Bassa réclame comme dot des terres. Les Douala lui tranchent le bras. Les Bassa gardent leur calme. Lors du mariage entre, cette fois, une fille Bassa et un homme Douala, les Bassa refusent de céder des terres. Les Bassa tranchent le cou de l’homme. Les relations deviennent alors de plus en plus hostiles entre les deux peuples. Les Bassa décident d’aller ailleurs, un lieu où il n’y aura ni haine, ni bagarre. Ils migrent vers Ndokoti. C’est «là où rayonne le soleil».

Le général Charles de Gaulle y a passé quelques jours

Les Bassa vivent dès lors dans la paix et l’harmonie. Pour vivre, ils cultivent les grains de courge, les légumes et les féculents. Durant la 2ème guerre mondiale, les Français ont besoin de l’apport des Africains pour combattre les Allemands. Les Camerounais, sont concernés.

Le général De Gaulle a passé quelques jours dans cette maison- by Josiane Kouagheu-
Le général Charles de Gaulle a passé quelques jours dans cette maison- by Josiane Kouagheu-

Le village Ndokoti est l’un des quartiers généraux des troupes de l’Hexagone. De passage au Cameroun pour mobiliser et encourager les troupes, le général De Gaulle y passe quelques jours. Née le 7 août 1954, Emma Eniengue Dipoko Koussaka  m’a expliqué ce que ses parents lui ont dit : « à l’époque, les blancs ont demandé aux autochtones d’aller ailleurs ».

 

 

 

Roger Milla y a effectué ses premières dribbles

Après la guerre, les autochtones rejoignent leur village. Parmi eux, se trouvent les grands-parents de Roger Milla, le meilleur joueur camerounais ‘africain même) de tous les temps. Ils donnent naissance à sa maman, qui plus tard épousera un homme d’un autre village (Japoma).

Ce petit marché était jadis le terrain où Roger Milla jouait- By Josiane Kouagheu-
Ce petit marché était jadis le terrain où Roger Milla jouait- By Josiane Kouagheu-

N’empêche, le petit Roger Milla passe régulièrement ses week-ends et vacances au village Ndokoti. Il joue sur des terrains à ses temps perdus. Le village vient l’observer à l’œuvre. Charles, aujourd’hui âgé de 67ans, a été l’un des spectateurs. Il a vu le jeune Roger à l’œuvre. «C’était un génie ma fille. Tout le village venait l’observer jouer.

Lorsque j’ai achevé mon histoire, j’étais très satisfaite de moi. Pour une fois, je n’ai pas dit « oh les embouteillages m’ont retardée ». Personne ne m’a entendu dire « ces commerçants m’ont… ». Au fond de moi, je sais que, désormais, mon regard sera différent lorsque je passerai à Ndokoti. Quelle découverte…

 

 


Après la fête, l’éternel vide à l’horizon

Je me disais que cette année allait être la bonne. Qu’enfin, le 8 mars allait être ce qu’il avait été à l’origine (une révolte des ouvrières du textile en 1857), une fête de réflexion, une tribune de revendications, un jour où les femmes allaient poser les premières pierres de leur implication dans tous les secteurs de  la vie professionnelle. J’ai été une fois de plus déçue. Il faut croire que je suis une éternelle rêveuse. Des femmes ont soulevé le kaba (robe ample vedette du jour), elles ont fait la fête jusqu’au petit matin, délaissant enfants et maris aux oubliettes comme si ce jour, elles avaient le droit de se comporter ainsi. Et durant tout un weekend, elles ont dansé comme si leur vie en dépendait. J’ai vu des femmes afficher au vu et au su de tout le monde ce jour-là leur infidélité. J’ai vu certaines, boire jusqu’à l’excès et oublier où elles se trouvaient.

La fête de l’infidélité

J’ai eu la chance, non, la malchance plutôt, de me retrouver ce jour où il ne fallait pas. Enfin je pense. Pourtant il y avait une forte pluie ce 8 mars 2013 à Douala. Et en plein carrefour, j’ai vu ma  «parfaite voisine », une secrétaire de direction d’une grande entreprise d’assurance, une femme respectée, quelque part au fond de moi un modèle. Elle était battue par son mari. Elle voulait outrepasser son interdiction et aller «faire la fête» avec ses copines. Il l’avait pourtant acheté le pagne qu’elle désirait tant. Que voulait-elle ? Faire la fête, rien que la fête. A croire que sans ces rapides moments de réjouissance, elle allait perdre la vie. Une autre a été battue dans un bar pas très loin de chez moi. Malchanceuse, elle est sortie faire la fête avec son voisin, oubliant son téléphone portable. Son mari qui croyait sa femme au bar avec ses copines, a été très déçu. Dans sa messagerie, il a trouvé des messages amoureux adressés par son voisin à sa femme.  Et c’est un 8 mars qu’il a découvert que sa femme sortait avec son voisin ! Il l’a battue mais, j’ai bien vu qu’il se demandait déjà ce qu’il allait faire de ses quatre enfants. Il se posait d’ailleurs des questions : sont-ils mes vrais enfants ? M’a-t-elle vraiment aimé ? Un 8 mars. Dans mon quartier, plusieurs petites filles étaient vêtues de l’uniforme du 8 mars. Et demain on dira que les femmes aiment la fête, qu’elles refusent le lit à leur mari pour le pagne. Mais si ces petites savent déjà que c’est le pagne qui compte, elles n’ont vraiment plus d’ambition. « A quoi bon, j’ai déjà mon pagne. Ça suffit, hein ma copine ? »

Il faut avouer que la femme camerounaise aime la fête. Des cas pareils, demandez à un(e) ami(e) si vous en avez à Douala, Yaoundé et partout ailleurs au Cameroun. Et vous verrez que ma désolation est si immense que je n’ose même pas tout vous détailler. Malgré les discours, malgré des exemples des grandes femmes qui s’imposent, il y a comme une volonté de ne faire que la fête chez moi. Les femmes sont sous-représentées dans plusieurs activités de la vie. Si seulement, elles posaient le 8 mars le début d’une sensibilisation des jeunes filles, des revendications. Mais, je ne vois rien à l’horizon. Il est si vide…

Il a fallu 60 ans pour voir une femme préfet au Cameroun…

Sur 180 députés à l’Assemblée nationale, on compte 25 femmes. Sur 360 maires, seuls 24 sont des femmes. Sur 10 632 conseillers municipaux, on compte 1651 femmes (même pas le quart). Le Cameroun n’a pas de gouverneur femme. Sur 48 préfets, on compte seulement une femme. Il a d’ailleurs fallu plus de cinq décennies pour voir une femme devenir préfet, une première.  Dans une équipe de 60 secrétaires d’Etat, on n’en compte que 2 femmes. Le gouvernement n’a que cinq ministres femmes. Voilà pourquoi je pense qu’à force de revendication, les femmes pouvaient faire quelque chose. Elles ne sont pourtant pas moins formées que les hommes. Au contraire, elles sont issues des meilleures écoles du Cameroun et du monde. Mais après la fête du 8 mars, même celles qui ont revendiqué, mettent tout de côté pour attendre l’autre 8 mars. Et l’éternel vide à l’horizon domine…

Lisez ce tableau (2007-2012) et là…

PostesNombre totalFemmesPourcentages (%)
Maires360246,7
1er adjoint3605715,8
2ème adjoint3608423,3
3ème adjoint981616,3
4ème adjoint971212,4
Conseillers municipaux10 632165115,5

 

Source : INS, TBS 3, 2010 ; CT N°9844/6045 du 11/05/2011


Petites vendeuses : proies des affamés sexuels ?

J’observais la scène. J’étais assise dans la salle d’attente d’une agence de voyages à Douala. Je veux parler de ce qui tient lieu de salle de repos aux voyageurs qui viennent et partent.  Et comme toujours durant ces instants de répit, des commerçants essayaient de vendre leurs articles, persuadés que ces voyageurs avaient un peu d’argent à dépenser. Ils faisaient des démonstrations terribles pour convaincre les acheteurs les plus «tang» (ceux qui n’aiment pas trop faire les dépenses). Un autre s’était même rapproché de moi  pour me vanter les bienfaits d’un anonyme produit contre les douleurs de tout genre. Un autre présentait à l’auditoire concentré un médicament dénommé «mille maladies». Certaines femmes, discutaient de la fête du 8 mars (plus du côté festif qu’autre chose), tout en gardant une oreille attentive au film direct qui se déroulait devant elles. Je n’en dis pas plus. C’était un peu comme une jungle de marchands, chacun voulant vendre plus bien sûr. J’observais ce remue-ménage, avec un plaisir non déguisé, lorsqu’une scène attira mon regard. Je sursautai presque (je ne sais toujours pas pourquoi).

Petite vendeuse de cacahuètes -photo journalducameroun.com-
Petite vendeuse de cacahuètes -photo journalducameroun.com-

Sauvée des griffes d’un affamé sexuel

Une fillette, une «petite vendeuse » comme on dit chez nous,  âgée d’une dizaine d’années, présentait des graines de cacahuètes grillées, attachées par boule de 25 F.Cfa l’unité et rangées sur un large plateau de cuisine de couleur blanche, à un homme, assis à quelques pas de moi, et tout seul dans son coin (bizarre non ?). Le monsieur, habillé en smoking noir (malgré la forte chaleur), le tout complété par une chemise vert-citron et une cravate rouge vif et chaussé d’une paire à l’italien, affichait un air de pur prédateur (excusez mon terme). Il semblait plus concentré sur ce qu’était la fillette, que par ce que constituait sa marchandise. Son ton me paraissait intrigant. Il murmurait presque. « Pourquoi ? », en prêtant une oreille attentive à ce qu’il disait, j’eus la réponse. «Tu vis où ? », «tu connais.. ». Je n’entendais pas les réponses de la fillette. Mais, le mouvement de ses lèvres me prouvait qu’elle disait quelque chose en retour. J’étais convaincue d’une chose : elle était comme hypnotisée par le monsieur en smoking. Quelques instants plus tard, le monsieur se courba et prit une mallette noire qui se trouvait à ses pieds. Il l’ouvrit et  en sortit deux paquets de biscuits qu’il offrit à la fillette. Hésitante, elle finit par les prendre. Je me demandais alors où voulait en venir le monsieur. Il n’avait pourtant pas acheté la marchandise de la « petite vendeuse ». Il se leva alors et la petite se mit à marcher à sa suite.

Sans crier gare, une femme, assise juste  derrière moi et qui visiblement suivait la même scène que moi, cria presque: «arachides, arachides, vient petite je veux 4 paquets ». La petite se retourna, le monsieur aussi. Après quelques minutes d’hésitation, elle se dirigea vers la femme. Le monsieur continua sa route d’un pas alerte. Je fus vraiment étonnée par la tournure que prenait la scène, car, la femme qui avait happé la petite ne voulait pas non plus les arachides. J’eus alors cette question qui sortit de moi comme une fusée : « Où t’amenait le monsieur, petite ? ». « Chez lui. Chez lui grand-sœur. Il voulait acheter toute ma marchandise », me répondit-t-elle, l’air vraiment convaincu et innocent à la fois. Et la femme, qui à bien observer, avec son foulard noué à la hâte et laissant débordé quelques chevelures blanches, avait l’air maternelle, répliqua : « Si tu le suivais, il allait te couper la tête. Que ce soit la dernière fois. Ta maman t’a envoyée ici pour vendre, et non pour suivre les clients. Dès que tu vends ici, tu rentres chez toi. Est-ce que tu as bien compris ?». La fillette, visiblement secouée par tout le sort qu’elle aurait dû subir, hocha la tête. Elle s’en alla vers un « vrai » client qui l’appelait, d’un pas traînant. La petite vendeuse venait ainsi d’être sauvée d’une fin tragique.

Des proies moins chanceuses

Mais, dans le regard de la « sauveuse », je lisais une sorte de peine. Elle m’avoua dans un soupir, comme pour ne pas alerter les autres voyageurs qui devenaient trop curieux. «Ma nièce a été violée par un homme qui se comportait ainsi. Elle vendait les oranges, elle n’avait que 8 ans », m’a-t-elle dit le regard brillant. Et à côté, comme si toutes les oreilles s’étaient dressées pour cette nouvelle, j’ai entendu des histoires. «Durant les vacances, deux petites filles ont été violées par un homme dans mon quartier. Elles vendaient des arachides préparées », explique un voyageur. Un autre m’a raconté comment son meilleur ami, en 2008, à Nkongsamba (région du Littoral du Cameroun), avait échappé de la prison pour avoir violée une petite vendeuse de plantains braisés. Du coup, c’est devenu la conversation à la Une dans le bus.  Et un autre, son frère, et l’autre son ami…Durant près de 4 heures de voyage, j’ai recensé plus de 15 cas. Tous, des petites vendeuses violées par des affamés sexuels.

Je me suis donc dit que ces affamés sexuels méritaient la justice populaire, chez nous, on brûle les bandits vifs…Mais bon, je délire, ils méritent une condamnation à mort ? C’est fou comme l’innocence d’un enfant n’a pas de prix. Moi je sais de quoi je parle. Elles ne dévoilent pas leur poitrine, elles ne savent d’ailleurs pas comment faire un numéro de charme. Elles ont juste leur innocence dévastatrice. Désolé si vous -affamés sexuels- vous y prêtez très attention. L’innocence a besoin de grandir, de se développer sans l’intervention d’une main étrangère, encore moins de la vôtre…