Etudiant Camerounais : ce petit être qu’on malmène

Article : Etudiant Camerounais : ce petit être qu’on malmène
12 juin 2013

Etudiant Camerounais : ce petit être qu’on malmène

Des gaz lacrymogènes qui résonnent et étouffent de toute part. La police qui vous poursuit et vous traque comme si vous étiez des terroristes!  Ils sont pourtant des étudiants. Par centaine, ils réclament des meilleures conditions d’études à l’université de Buea, située dans la région du Sud-ouest du Cameroun. Au mois de mai dernier, 26 d’entre eux ont été arrêtés. Ils se trouvent actuellement en détention à la prison de Buea. Et comme si cela ne suffisait pas, 10 enseignants, soupçonnés d’avoir manipulé et incité ces étudiants, ont été entendus par la police. Courroucés et humiliés par ces accusations, ils ont organisé un mouvement de grève pour 10 jours à compté de cette semaine. Une fois de plus, les étudiants sont pénalisés, même si pour cette fois, c’est de manière involontaire. Pourquoi ?

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 Etudiants décédés, blessés, emprisonnés…

 En 2006, j’étais encore au secondaire. Mais, comme de nombreux lycéens, je ne nourrissais qu’un seul rêve. Réussir mon baccalauréat au plus vite et entrer à l’université. Me débarrasser de cette tenue qu’on nous obligeait à porter et m’habiller enfin comme je voulais. Une nouvelle avait pourtant refroidi mes ardeurs:

Deux étudiants de la faculté des Sciences économiques de l’université de Buea avaient été tués. Ufeanei Ivo et Mouma Benet avaient succombé aux coups de feu de l’armé Camerounaise un 29 novembre de cette année-là. Huit mois plus tôt, deux autres étudiants avaient suivi le même chemin. Des dizaines d’autres avaient été blessés, d’autres emprisonnés.

Malgré tout, j’avais toujours voulu entrer à l’université, comme cette jeune fille qui malgré les menaces conjugales subies par sa mère, rêve toujours de se marier, le regard plein d’étoiles. Et je l’ai fait ! Et j’ai vite déchanté, comme de milliers d’autres avant moi, comme moi et après moi!

 Etudiant ou le parcours du véritable combattant

 Au début, il faut s’inscrire. Le début du calvaire ! On sort de chez soi avant le chant du coq, avant le départ de la lune, mais le rang que l’on découvre alors devant les bureaux d’inscription est vertigineux. Et comme si l’attente n’était pas une punition, le pauvre nouveau bachelier doit vivre impuissant les premiers réseaux universitaires de corruption. Un ami vient sept heures voire 10 heures après vous et s’inscrit à l’instant. «Il a fait parler les billets de banque mon ami. Si tu es pauvre, tu dois faire des jours ici. Courage», tente de te consoler un autre bachelier qui a bien suivi les commentaires de ses aînés. Juste après, les moins chanceux (j’ai fait partie de cette partie) doivent livrer un autre combat. Car, la filière choisie au début n’a pas été prise en compte. Comment ? Silence radio ! «Il y a eu une petite erreur», crois-tu. Viennent alors des requêtes et des requêtes ! Sans suite ? Sauf en cas de chance bien sûr.

Démission de la fac…

 Lors de son premier jour de classe, tout heureux, la tête dans les étoiles, habillé sur son trente-un, l’étudiant rêve d’une belle salle climatisée ou à la limite ventilée, constituée d’une centaine d’étudiants au plus. Quelle illusion ! Retardataire, il doit affronter des milliers d’autres. Il n’y a plus de places assises. Il doit suivre le cours débout et au coin de la salle, derrière un vacarme. Si par malheur le micro tombe en panne, ou si survient une coupure d’électricité,  adieu le cours. D’autres tiennent quand même le coup. Ils vont à l’examen malgré les feuilles de composition insuffisantes (un autre miracle). Mais, lorsque les notes de contrôles continus n’apparaissent nulle part sur le tableau, lorsque les requêtes n’aboutissent pas, la désillusion devient totale. Comme des milliers d’autres il déserte les bancs de l’université. Je l’ai fait!

Certains se lancent dans des petits commerces, d’autres deviennent des malfrats de grand chemin et une catégorie brave la mer et le désert pour l’Europe. D’autres sûrement préoccupés par l’avenir des générations futures, ne baissent pas les bras. Ils se battent, manifestent et sont arrêtés. Et les autorités se retranchent derrière leur muraille! Et l’étudiant Camerounais, se bat malgré les menaces !

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Commentaires

Nelson
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Josie, du courage je veux souhaiter à tous ces braves étudiants. vous êtes des héros. Merci pour ce beau billet. un peu triste, mais j'espère qu'il fera le tour du monde pour espérer un vent de changement.

josianekouagheu
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C'est ce que j'espère aussi Nelson!

Réndodjo Em-A Moundona
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Le sort de l´étudiant est le même partout. Illustre vie comme décrit dans l´étudiant de Soweto.

josianekouagheu
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Ce qui prouve qu'au lieu d'avancer, l'Afrique recule, même sur l'éducation, gage de l'avenir de demain Réndodjo.

Limoune
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Du Josiane tout craché. De l'indignation avec une pointe d'espoir. Bon courage aux indignés et aux optimistes.

josianekouagheu
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Tu sais Limoune, malgré tout, je garde espoir, même si l'avenir est de plus en plus sombre! Et toi aussi j'espère.

Osman
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Ben, définitivement, j’ai fini par comprendre que le sort des étudiants dans des pays « sous-développés » sont presque les mêmes. Ce récit me rappelle un peu ma première année à la faculté d’Ethnologie de l’Université d’Etat d’Haïti. Ensuite, pour cette histoire de l’inscription, c’est la même situation en Haïti. En fait, pour en faire une idée, je te laisse le lien de ce billet :https://lautrehaiti.mondoblog.org/2012/10/01/le-prix-dune-place-a-luniversite-detat-dhaiti-ueh/

josianekouagheu
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C'est malheureusement pareil partout. Pourtant, l'éducation est le point important partout, ce qui caractérise même l'avenir d'un pays!

etiennebilly
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Vive un renouveau de nos systèmes éducatifs pour ce réveil de l'Afrique tant désiré. Quel est le véritable chemin à emprunter? Pour ma part je crois qu'un retour vers les principes du Créateur s'impose.

Ray Ban Clubmaster
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achille kmel mekontchou
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j'adore la rage de ta plume. Vivement que ce billet fasse le tour du monde

josianekouagheu
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Merci beaucoup mon grand. Mais, moi aussi j'adore ta plume. Bonne lecture en tout cas!