Sauvons-les avant qu’ils ne deviennent des enfants soldats !

« Je viens de très loin. J’ai marché durant des jours et je suis arrivé ici ». Je n’entendais que sa petite voix d’enfant. Une voix ! Son corps était allongé sur le dernier siège du car où ne filtrait aucune lumière.

Le bus venait de me laisser dans un petit carrefour, à l’Est du Cameroun, à quelques kilomètres de la frontière avec la République centrafricaine. Par gentillesse, le chauffeur était descendu de son véhicule, abandonnant la soixantaine de passagers restants, le temps pour lui de cogner à la vitre de la seule voiture qui trainait encore au camp. Il était trois heures du matin !

Moussa², le convoyeur du véhicule, a tardé à baisser sa vitre. Après insistance, il l’a finalement fait.

Enfants d'Afrique. Crédit photo: "casafree.com"

Enfants d’Afrique. Crédit photo: « casafree.com »

Je lui ai alors expliqué que je cherchais un endroit où rester, en attendant le lever du jour. Le chauffeur, qu’il connaissait apparemment (ils s’appelaient par leur prénom et parlaient en leur langue) l’a convaincu. Il a ouvert la portière et je me suis engouffrée, pour fuir l’obscurité et surtout le froid du carrefour.

A peine assis, Moussa m’a posé de nombreuses questions : d’où viens-tu ? Pourquoi es-tu ici ? Où vas-tu exactement ?

Une quinte de toux, venant de l’arrière de la voiture, m’a fait sursauter et a interrompu les réponses que je m’apprêtais à lancer.

La quinte de toux continuait.

  • Ça ne va pas ? a demandé Moussa, le ton inquiet
  • Ça va bien, a répondu une petite voix d’enfant à l’arrière du véhicule.

Je me suis alors retournée. Je ne voyais personne. Du moins, à l’exception d’une petite ombre allongée sur le dernier siège du véhicule. Il n’y avait aucune lumière dans le car. J’essayais d’ouvrir grand mes yeux, comme s’il suffisait de le faire pour braver l’obscurité. Peine perdue. La quinte de toux devenait à chaque fois violente. J’avais une bouteille d’eau entre les mains. J’ai sorti mon téléphone portable de mon sac et l’a allumé, pour capter un peu de lumière.

C’est alors que mon regard, malgré la faiblesse de l’éclairage, a accroché le sien. Il regardait avidement ma bouteille d’eau et je le lui ai donné.

-Merci, m’a-t-il dit, en buvant, malgré la quinte de toux qui continuait.

J’ai voulu savoir ce qu’un enfant faisait dans un car, au milieu de nulle part, en pleine nuit, à quelques kilomètres d’un lieu où des coups de feu raisonnaient parfois quotidiennement et où des prises d’otages se multipliaient. J’ai voulu savoir beaucoup d’autre chose.

La quinte de toux s’était arrêtée. Et la forme restait allongée sur le siège.

J’ai chuchoté à Moussa :

-Qui est-il ? Ton petit frère ?

-Je ne connais même pas cet enfant. Je l’ai vu au carrefour, la nuit approchait et il n’avait pas où dormir. Je lui ai proposé de venir se coucher dans la voiture. Mon chauffeur n’est pas là et je suis convoyeur, m’a répondu Moussa dans un ton normal, comme si cet enfant qui dormait dans « sa » voiture était un fait ordinaire.

Je n’avais plus de questions. Vers 6 h du matin, le petit dormeur s’est réveillé pour de bon. Il toussait encore.

C’est alors que j’ai remarqué son accoutrement: une chemise déchirée, un pantalon sans couleurs, raccommodé au niveau des genoux.

Je lui ai demandé d’où il venait.

-D’un village là-bas, m’a-t-il dit, en pointant un doigt vers un horizon inconnu. J’ai marché durant des jours et je suis arrivé ici.

Après cette confidence, il est descendu du car et est parti, comme s’il avait le diable à ses trousses. Sa silhouette si mince, déambulait au lointain. Je l’ai vu disparaitre à l’angle d’une vieille maison.

C’est alors que Moussa m’a expliqué que cet enfant n’était pas le seul. Ils arrivaient dans le camp. Certains continuaient la route et d’autres restaient quelques jours, puis, disparaissaient.

Où allaient-ils ? Que devenaient-ils ?

« Ce n’est pas bon de voir des enfants comme ça dans les rues ici. Vous savez, nous entendons des coups de feu à toute heure. Que ce soit avec Boko Haram ou les rebelles centrafricains, nous avons très peur ici », m’a lancé en guise de réponse Moussa.

J’ai compris que ces enfants, qui déambulaient dans ces rues pouvaient être enrôlés. J’ai compris que ces enfants marchaient au hasard. Fuyaient-ils la guerre en Rca ? Les troupes rebelles ? Etaient-ils ces enfants des parents dont Boko Haram avait détruit les villages à l’Extrême-nord?

J’avais juste une certitude : ces enfants étaient des proies faciles. Des innocents dans la nature et il fallait les sauver. Il fallait que nous les sauvions avant qu’ils ne deviennent des enfants soldats!

Le nom Moussa a été changé

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josianekouagheu
Cet espace est une tribune pour moi; de montrer ce qui se passe dans mon pays, ma ville et mon quartier. A bord de mon blog, je parle de ce qui me tient à cœur, de ce qui ne va pas dans mon pays et surtout de ce qu'il faut faire....

6 Des réflexions sur “Sauvons-les avant qu’ils ne deviennent des enfants soldats !

    • Benjamin, pas seulement d’Afrique je pense que partout ailleurs, les enfants négligés peuvent être enrôlés dans des gangs de toute sorte (drogue, banditisme…). Mais, avec les conflits qui sévissent à nos frontières, et dans d’autres pays d’Afrique, le risque est plus grand, d’où mon inquiétude!

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